Procès #Nestlé en #Suisse: plongée dans les pratiques du géant de l’#alimentation – Mediapart (article complet) #justice

 

Procès #Nestlé en #Suisse: plongée dans les pratiques du géant de l’#alimentation – Mediapart (article complet) #justice
PAR AGATHE DUPARC
ARTICLE PUBLIÉ LE VENDREDI 18 DÉCEMBRE 2015
Le procès qui se tient à Lausanne jusqu’en juin prochain
permet d’effectuer une plongée inédite dans les
coulisses de Nestlé. Le géant de l’alimentation est
traîné en justice pour harcèlement moral par Yasmine
Motarjemi, ancienne haut responsable de la sécurité
alimentaire de 2000 à 2010. Elle avait été entendue
le 1
er
décembre. Mercredi 16 décembre, quatre hauts
dirigeants de Nestlé dont le PDG Paul Bulcke ont
témoigné. Retour sur cette histoire hors norme.
De notre envoyée spéciale à Lausanne.- Il y a tout
juste un an, invité au Forum des Nations unies sur
les entreprises et les droits de l’homme à Genève,
Paul Bulcke, le PDG de Nestlé, avait livré un vibrant
discours sur les « valeurs » du géant alimentaire qui,
disait-il, se résumaient à un seul mot : « le respect
de la personne », expliquant alors que « la confiance
et la transparence » devaient être « au coeur de
l’entreprise ».
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Mais ce mercredi 16 décembre, c’est dans un tout
autre décor que le grand patron a pris la parole.
Il était entendu devant la Chambre patrimoniale
cantonale du Tribunal d’arrondissement de Lausanne
dans le cadre d’un procès pour harcèlement moral
et psychologique intenté contre Nestlé par Yasmine
Motarjemi, une ancienne haut responsable de la
sécurité alimentaire, employée au siège de Vevey
de 2000 à 2009. Une affaire où il n’est question ni
de transparence, ni de respect, mais d’accusations
très lourdes et documentées sur la manière dont la
multinationale a littéralement pourri la vie de son
ancienne vice-directrice du département Qualité au
siège de Vevey, à mesure qu’elle dénonçait de lourds
dysfonctionnements au sein de l’entreprise. Puis l’a
finalement licenciée en janvier 2010.
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En décembre 2011, elle avait déposé plainte pour
harcèlement, bien décidée à travers cette procédure
à montrer comment au sein de la multinationale, la
« sécurité alimentaire » dont elle était en charge au
niveau mondial passait souvent après les impératifs du
business et était en bas de l’échelle des préoccupations.
En contradiction totale avec les slogans affichés. Il
aura fallu attendre plus de quatre ans pour que ce
procès s’ouvre, dans un semi-huis clos, puisque Nestlé
a obtenu que seuls les journalistes puissent y assister.
À son arrivée devant le tribunal, Paul Bulcke est
apparu l’air plutôt décontracté, déclarant devant les
caméras qu’il était important de témoigner puisque
l’affaire touche « la crédibilité et l’image » de la
société. Puis, interrogé par la juge, il a décliné durant
45 minutes la version officielle qui prévaut depuis le
début de l’affaire, affirmant que Madame Motarjemi
n’avait jamais été victime de harcèlement, mais qu’elle
était seulement entrée en conflit avec son supérieur.
« Elle avait des attentes sur son propre rôle qui
entraient en collision avec une façon de voir les
choses », a-t-il expliqué. Il ajoutait que Nestlé qui
vend chaque jour un milliard de produits, avec dans
le monde 26 laboratoires et 5 000 à 6 000 personnes
chargées sur le terrain du contrôle de la sécurité
alimentaire, prenait « très au sérieux » cette mission et
avait la « culture de la qualité ».
Le PDG expliquait que le « différend » avec l’ancienne
sous-directrice – qui aujourd’hui réclame un franc
symbolique pour tort moral et 2,1 millions de francs
suisses pour les frais juridiques et médicaux engagés
et la compensation de son salaire perdu – avait été
examiné « sérieusement », la multinationale ayant
mandaté une entreprise spécialisée pour effectuer un
« expertise » qui avait conclu en 2009 à l’absence de
mobbing.
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autre pointure du géant alimentaire, Jean-Marc
Duvoisin le PDG de Nespresso, prenait ensuite
le relais. Ancien responsable du département des
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Relations humaines du groupe au moment des faits,
il s’est lui aussi employé à réduire l’affaire à un
« conflit de personnes » aboutissant à « des irritations
réciproques ». Il affirmait que Nestlé, une entreprise
très soucieuse du bien-être de ses collaborateurs, avait
jusqu’au bout tenté de trouver des « solutions » pour
cette collaboratrice « qui avait une approche trop
théorique des problèmes, des difficultés d’écoute et
de remise en question ». Il ajoutait que l’ancienne
responsable de la sécurité alimentaire avait refusé un
poste qui lui aurait permis d’exercer ses compétences
et de conserver son salaire. Ce qui avait finalement
obligé l’entreprise à se séparer d’elle.
Mais les accusations portées par Yasmine Motarjemi
contredisent presque de bout en bout ces dépositions.
Mediapart a pu consulter la plainte de plus de 100
pages qu’elle a déposée, un document qui compte de
nombreuses pièces et courriels permettant d’effectuer
une plongée inédite au sein de la forteresse Nestlé.
Rien ne prédisposait cette femme de 60 ans à s’attaquer
à l’un des groupes les plus puissants au monde. À
l’été 2012, l’ancienne haut cadre de Nestlé nous avait
raconté sa descente aux enfers. Elle est aujourd’hui
sans emploi et elle a dû affronter trois procédures
lancées contre elle par Nestlé, dont une pour violation
du secret de fonction qui doit être jugée par le même
tribunal à Lausanne.
Dans les années 1990, cette biologiste d’origine
iranienne, spécialiste des toxi-infections alimentaires,
est employée par l’Organisation mondiale de la santé
(OMS) à Genève où elle mène une carrière tranquille.
En 1992, lors d’une conférence en Thaïlande sur
la contamination des aliments et les maladies
diarrhéiques chez les enfants, elle est remarquée par
un directeur de Nestlé qui la félicite sur son discours
qui, dit-il en substance, ne fait pas porter toute la faute
sur le marketing agressif des industries des produits
infantiles.
Six ans après, Roland Jaccoud, alors directeur du
département de la Qualité au siège de Vevey, lui
propose un poste. Elle n’acceptera qu’en juillet 2000.
« Je me suis dit qu’il serait intéressant de voir
comment les directives pour la sécurité alimentaire
émises par l’OMS et les autorités réglementaires
étaient appliquées dans la réalité. J’avais une
curiosité professionnelle et jusqu’à mon arrivée, il
n’y avait personne qui coordonnait ces activités au
niveau mondial », raconte-t-elle. Elle se souvient des
réticences de ses collègues ou amis qui lui demandent
pourquoi elle accepte de travailler pour une boîte « qui
a été à l’origine de la mort d’enfants ». Elle répond
alors qu’« avant de crier au loup il faut des preuves ».
Ses compétences, son carnet d’adresses et ses réseaux
à l’extérieur intéressent beaucoup Nestlé. Durant les
cinq premières années, les choses se dérouleront sans
accroc.
Yasmine Motarjemi qui n’a pas vraiment de cahiers
des charges précis – un flou qui, estime-t-elle, était
parfaitement voulu – se fixe plusieurs objectifs :
améliorer le système de sécurité alimentaire et la
gestion des incidents ; se pencher sur les sujets
négligés et les risques émergents tels les allergènes, les
microtoxines et les antibiotiques ; et enfin collaborer
avec les organisations extérieures.
Des biscuits pour bébé qui provoquent des
étouffements
Elle a alors sous ses ordres une équipe de sept
personnes. Elle visite les centres de recherches
chargés de développer les nouveaux produits et les
usines et intervient régulièrement dans les colloques
internationaux. Peu à peu, elle découvre l’envers du
décor.
« J’avais fait une première évaluation et j’ai
constaté que sur le papier le système de sécurité
alimentaire était impeccable, mais quand je regardais
l’application, tout était très superficiel, faute de
ressources suffisantes et à cause d’un manque de
personnel qualifié », dit-elle. Selon elle, toutes les
usines visitées avaient alors des problèmes pour
identifier les risques liés aux matières premières et « si
une usine ou une ligne de production faisait l’objet
d’un rapport d’audit insuffisant, on la laissait tourner
et mettre ses produits sur le marché ».
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Dans la plainte, on peut lire qu’elle « a soulevé
plusieurs cas constitutifs de dysfonctionnements ou de
manquements fondamentaux qui ont eu ou auraient pu
avoir des effets négatifs sur la sécurité alimentaire ou
la réputation du groupe Nestlé ».
Juste avant Noël 2002, une information arrive sur son
bureau en provenance de Nestlé France. On lui signale
que deux bébés ont failli s’étouffer en mangeant des
biscuits de la marque « P’tit biscuits ». Elle propose
alors de retirer le produit jusqu’à ce que le problème
soit éclairci, essuyant les remarques d’une collègue
qui estime qu’elle exagère et que ces cas sont « isolés
et accidentels ». Elle exhume alors une quarantaine
de plaintes et de réclamations de parents qui se sont
empilées en France depuis le début de l’année 2002
et dont personne n’a tenu compte. À chaque fois, il
est question d’un morceau de biscuit qui, au lieu de
fondre, se casse en morceaux et se coince dans la gorge
des bébés qui deviennent tout rouges ou tout bleus,
jusqu’à ce que les parents interviennent. Le problème
qui vient de la qualité de la farine sera finalement
corrigé et tout rentrera dans l’ordre.
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Alors qu’elle est en train de gérer ce dossier, Yasmine
Motarjemi trouve sur son bureau une lettre déposée par
une main anonyme et qui prouve que le problème était
connu depuis cinq ans. Datée de juillet 1998 et intitulée
« fausse route chez le nourrisson », elle émane d’un
responsable du Centre de recherche Nestlé à Lausanne
qui raconte avoir rencontré un grand professeur en
pédiatrie, lequel lui a expliqué qu’un «morceau de
gâteau» avalé de travers n’avait jamais entraîné la
mort d’un enfant. « Si nous voulons donc innover, il
faudra probablement oublier l’aspect sécurité, ce qui
n’est d’ailleurs pas plus mal. Si on veut vendre les
biscuits parler d’asphyxie, à des mères, n’est jamais
très porteur. Par contre comme nous l’avons évoqué
au téléphone, agissons sur la forme, la texture, la
couleur, le parfum et le goût […] » en conclut le
responsable.
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En 2004, on attire son attention sur une nouvelle
glace, un produit pas encore distribué qui contient
un bâtonnet en verre avec une substance brillante
pour attirer les enfants. Lors d’un atelier qui réunit
les managers qui développent ces produits, choquée,
Yasmine Motarjemi prend la parole : « Vous êtes fous
de penser à mettre un bâtonnet en verre dans la bouche
des enfants ! » lance-t-elle devant un public qui n’a
pas l’habitude que l’on s’exprime aussi librement. Une
personne lève alors le doigt et raconte qu’à Nestlé
Mexique, certains employés avaient protesté contre ce
projet et qu’ils ont été licenciés ou mis sur la touche.
Le bâtonnet en verre sera finalement remplacé par
un bâtonnet en plastique. Mais la substance brillante,
elle, contient du phtalate de diméthyle, un cancérogène
possible. Le produit ne sera jamais commercialisé.
« La morale de l’histoire, c’est que ceux qui, dans
un premier temps, s’y étaient opposés ont subi des
représailles », remarque Yasmine Motarjemi.
Elle soulève aussi la question du dosage des vitamines
et des minéraux dans les préparations infantiles.
« Quand je demandais la validation des critères
importants pour la sécurité des aliments, tels que les
vitamines, on refusait de faire ces calculs en me disant
que les limites étaient déterminées depuis longtemps »,
raconte-t-elle. Elle obtient qu’un groupe de travail soit
mis en place, mais rien n’en sortira.
Fin 2003, un scandale touche la société allemande
Humana. Un taux de vitamine B1 mal calculé dans
un substitut de lait végétal en poudre entraîne la mort
de trois bébés israéliens. « Si on te demande si ça
peut arriver chez Nestlé, tu dis : “non !” » s’entend
dire Yasmine Motarjemi par son chef. En 2005, Nestlé
se retrouve sur la sellette en Chine, obligé de retirer
du marché des laits en poudre qui contiennent trop
d’iode. « Cela n’était pas comparable au scandale
Humana, mais cela a eu des conséquences graves pour
la réputation de Nestlé qui, durant plusieurs jours,
n’avait pas daigné répondre aux autorités chinoises »,
explique l’ancienne responsable.
« À côté des impératifs de business, la sécurité
alimentaire avait peu de poids. Par exemple si une
usine ou une ligne de production faisait l’objet d’un
rapport d’audit insuffisant, on la laissait tourner et
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mettre ses produits sur le marché », témoigne-telle.
« Pour corriger n’importe quelle situation, cela
demandait énormément d’énergie et de temps. Gérer
la sécurité alimentaire chez Nestlé, c’était comme
ramer à contre-courant », résume-t-elle.
Malgré cette opiniâtreté et ce perfectionnisme
qui, déjà, agacent certains, Yasmine Motarjemi
est respectée et lors des évaluations annuelles
que Mediapart a pu consulter, ses performances
professionnelles sont considérées comme étant
« largement au-dessus des attentes liées à son
poste ». Nulle part il est dit qu’elle a une approche
trop théorique. Elle est jugée souple et adaptable,
capable de mobiliser son équipe, pleine de curiosité
et d’initiatives. Loin, très loin du portrait qu’a dressé
d’elle Jean-Marc Duvoisin, l’ancien patron des RH de
Nestlé devant le tribunal.
Une expertise totalement biaisée
Mais tout va changer à partir de 2006, avec l’arrivée
à Vevey de Roland Stalder, le nouveau directeur du
département Qualité qui devient son chef. En 2001,
Yasmine Motarjemi avait déjà fait la connaissance de
cet homme, alors responsable de la qualité pour Nestlé
France. Le manager s’était montré très hostile : « On
n’a pas besoin de vous chez Nestlé », avait-il lancé,
estimant que le profil d’expert de la nouvelle recrue
n’était pas utile dans l’industrie. Deux ans plus tard, elle
se le met à dos en dénonçant la gestion calamiteuse
en France de l’affaire des biscuits pour bébés dans
laquelle la responsabilité de M. Stalder est engagée.
Devenu son chef, ce dernier lui mènera dès le départ
la vie dure. Les conditions de travail de Yasmine
Motarjami se dégradent peu à peu et les actes
de harcèlement commencent. Comme l’indique la
plainte, Roland Stalder s’emploie à la discréditer au
sein de son équipe et lui retire des responsabilités.
Nombres de petites et grosses humiliations se
succèdent. En novembre 2006, lors de la conférence
globale sur la qualité et la sécurité Nestlé qui se tient
chaque année à Vevey, son travail de recherche sur la
gestion de la sécurité alimentaire est lu à la tribune par
quelqu’un d’autre, alors qu’elle est invitée à prendre
place au fond de la salle parmi les observateurs.
Plusieurs collègues s’en étonnent lui demandant si elle
est devenue persona non grata.
Roland Stalder ignore la plupart de ses
recommandations, levant presque les yeux au ciel
quand elle propose d’améliorer l’étiquetage des
produits, afin que les conseils de sécurité soient bien
compris par les consommateurs, et mis en conformité
avec les directives internationales. Dans la plainte,
il est rappelé qu’en juin 2009, faute d’un étiquetage
suffisamment clair, soixante-dix Américains sont
tombés malades après avoir consommé crus des
cookies Nestlé qui auraient dû être cuits, contaminés
par la bactérie E.coli 0157.
« Il méprisait les autorités de santé publique dont
j’étais issue, et avait des pratiques risquées et
inacceptables », juge Yasmine Motarjemi qui, en
2006, reçoit de lui une évaluation largement négative
qui tranche avec toutes celles des années précédentes.
Tout ira crescendo. En 2008, dans une vidéo à
usage interne, on voit son supérieur s’exprimer sur
un système mondialement reconnu pour gérer la
sécurité alimentaire, le HACCP (Hazard Analysis
and Critical Control Point Sytem). « C’est un
système qui a été conçu par des académiciens qui
ont la tête bien faite, mais qui ont peu d’expérience
dans nos usines (…) Le langage est compliqué. C’est
un langage de techniciens. C’est ce que j’appelle
parfois le blabla de l’Organisation mondiale de la
santé (OMS) », dit-il. Voir ici le sujet de la RTS.
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Yasmine Motarjemi parviendra à faire retirer
de la vidéo ces propos, mais en échange les
pressions s’accentuent et son équipe est définitivement
démantelée.
Dès la fin 2006, elle s’adresse à l’un des responsables
des relations humaines qui lui répond en substance que
« chez Nestlé, le chef a toujours raison, et n’essayez
pas de montrer qu’il a tort ». « Votre problème, c’est
que vous êtes une femme de petite taille et vous donnez
l’impression d’être gentille. Vous devriez être plus
agressive », lui conseille-t-il.
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En avril 2007, elle se tourne vers un ancien cadre
de Nestlé par l’intermédiaire duquel elle transmet
une lettre à José Lopez, le directeur en charge des
opérations qui est le supérieur hiérarchique de son
chef. Elle demande que le département de la Sécurité
alimentaire soit auditionné. Elle attendra la réponse
pendant deux ans. Mercredi 16 décembre, ce même
José Lopez était entendu devant le tribunal. Il a affirmé
n’avoir été mis au courant de ces faits qu’en 2009,
jugeant lui aussi qu’il y avait pas de mobbing.
Yasmine Motarjemi qui n’est alors plus que l’ombre
d’elle-même, souffrant de dépression et d’insomnies,
s’adresse à la société ICAS, utilisée par Nestlé pour
faire remonter les réclamations, et c’est ainsi que
début 2009 le problème arrive enfin entre les mains
de Jean-Marc Duvoisin, le grand directeur RH qui a
pourtant soutenu avec aplomb qu’« il n’y a jamais eu
de harcèlement envers Mme Mortajemi ».
À l’époque, ce dernier l’invite à faire une liste de
propositions pour trouver une issue à la crise. Parmi
elles, figure encore une fois la réalisation d’un audit ou
d’une enquête sur le département de Roland Stalder,
ce que refuse alors catégoriquement M. Duvoisin.
Pour Yasmine Motarjemi, c’est la condition sine qua
non pour qu’elle accepte d’être mutée au Centre
de recherche Nestlé de Lausanne, une proposition
que lui avait faite son chef. Aujourd’hui, Nestlé lui
reproche de ne pas avoir accepté ce poste.
À l’été 2009, la prenant de court, Nestlé mandate
la compagnie Vicario Consulting SA pour effectuer
« un rapport d’expertise » sur les faits de mobbing.
Yasmine Motarjemi qui, dans un premier temps,
accepte de collaborer n’a été entendue qu’une seule
fois. Alors qu’elle s’apprête à fournir un dossier
dans lequel doit figurer l’organigramme officiel
du département qui l’emploie, elle jette l’éponge,
découvrant que son nom ne figure plus nulle part.
La procédure se poursuit sans elle. C’est la direction
des ressources humaines qui désigne les personnes
autorisées à témoigner, et parmi elles, ne figurent
aucun des collègues directs et des membres de son
équipe !
Le 5 décembre 2009, Vicario Consulting rend son
verdict. Sans surprise, on y lit que « l’accusation
de comportements abusifs, voire de harcèlement
psychologique sur le lieu de travail ne peut être
retenue. En effet, dans la durée, dans la répétition
ou dans l’intensité, il n’y a pas eu de conduite,
unilatéralement ou répétitivement abusive de la part
de son supérieur ». C’est ce document que Paul Bulcke
a mis en avant lors de son audition pour prouver que
Nestlé avait « sérieusement » examiné les accusations
de harcèlement.
Le procès se poursuivra en 2016 avec une prochaine
audience le 2 février. Des témoins doivent être
entendus.

Sourced through Scoop.it from: www.mediapart.fr

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